Le blog de Jeanne Smits:Le cardinal Meisner et Benoît XVI, en une époque révolue

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Le cardinal Meisner et Benoît XVI, en une époque révolue
Lors des funérailles du cardinal Joachim Meisner le samedi 15 juillet à Cologne, un message de la main du pape François a été lu au cours de la cérémonie par le nonce apostolique en Allemagne, Mgr Nikola Eterović. Mais à la surprise générale, un deuxième message, émanant celui-là du pape émérite Benoît XVI, a été élu par le préfet de la maison pontificale et secrétaire particulier de Benoît XVI, Mgr Georg Gänswein. Cela a d’autant plus de poids que le cardinal Meisner est l’un des quatre cardinaux qui ont présenté des Dubia au pape François à propos d’Amoris laetitia.

Je vous propose ci-dessous ma traduction de ce message à la fois beau et émouvant, mais également riche d’enseignement par les temps qui courent. Je vous laisse savourer ce texte – quel joie et quel plaisir intellectuel de traduire Benoît XVI ! – non sans vous signaler que le pape émérite évoque la foi profonde, la piété eucharistique, la vie de prière de ce cardinal qui a su comprendre « que le Seigneur n’abandonne pas son Eglise, même lorsque parfois le navire a tant pris l’eau qu’il est sur le point de chavirer ». Double leçon : notre pauvre Eglise semble au plus mal, mais Notre Seigneur Jésus-Christ ne l’abandonne point. Et un rappel : « L’Eglise se trouve dans la nécessité urgente de disposer de bergers convaincants qui puissent résister à la dictature de l’esprit du temps et qui vivent et pensent la foi avec détermination. » Il semble vraiment très, très difficile de ne pas faire le lien entre ces déclarations et la confusion doctrinale du pontificat actuel. — J.S.

« En cette heure où l’Eglise de Cologne et les fidèles venus d’au-delà de ses frontières sont rassemblés pour dire à Dieu au cardinal Joachim Meisner, je suis avec vous par le cœur et la pensée, et, accomplissant avec joie le souhait du cardinal Woelki, je désire vous adresser un mot de souvenir.

« Lorsque j’ai appris la mort du cardinal Meisner mercredi dernier, je n’ai pas voulu y croire. La veille nous avions parlé au téléphone. Sa gratitude à propos du fait qu’il avait pu prendre quelques vacances après avoir participé à la béatification de Mgr Teofilius Matulionis à Vilnius le dimanche précédent (le 25 juin) était évidente au son de sa voix. L’amour de l’Eglise des pays voisins à l’Est, qui avaient souffert sous la persécution communiste, ainsi que la gratitude que lui inspirait la résistance aux souffrances à cette époque-là, avaient marqué toute sa vie. De telle sorte qu’il n’y a pas pas de coïncidence dans le fait qu’il aura rendu la dernière visite de sa vie à un Confesseur de la foi dans ces pays-là.

« Ce qui m’a particulièrement impressionné au cours de cette dernière conversation avec le cardinal à la retraite, c’est la joie déliée, la joie intérieure, la confiance qu’il avait trouvées. Nous savons que ce berger, ce pasteur passionné a trouvé difficile de quitter son poste, spécialement à un moment où l’Eglise se trouve dans la nécessité urgente de disposer de bergers convaincants qui puissent résister à la dictature de l’esprit du temps et qui vivent et pensent la foi avec détermination. Cependant, cela m’a d’autant plus ému qu’au cours de cette dernière période de sa vie, il a appris à lâcher prise et à vivre toujours plus dans la certitude profonde que le Seigneur n’abandonne pas son Eglise, même lorsque parfois le navire a tant pris l’eau qu’il est sur le point de chavirer.

« Deux choses, dernièrement, lui ont donné toujours plus de joie et de confiance.

« 1. D’abord, il m’a toujours redit la joie profonde qui le remplit à travers l’expérience du sacrement de pénitence lorsque des jeunes, surtout de jeunes hommes, vivent la grâce du pardon – ce don d’avoir véritablement trouvé la vie que seul Dieu peut leur donner.

« 2. La deuxième chose qui l’a toujours touché et qui l’a toujours rempli de joie, ce sont les progrès discrets de l’adoration eucharistique. Lors des JMJ de Cologne cela avait constitué pour lui un point central – qu’il y eût une adoration, un silence où le Seigneur seul puisse parler au cœur. Certains experts en pastorale et en liturgie avaient pensé qu’un tel silence dans la contemplation du Seigneur ne peut s’obtenir avec une telle masse de gens. Certains étaient également d’avis que l’adoration eucharistique est en tant que telle dépassée, puisque le Seigneur veut être reçu dans le Pain eucharistique, et qu’Il ne veut pas être simplement regardé. Mais ce Pain ne peut être mangé comme un aliment quelconque ; « recevoir » le Seigneur dans le sacrement eucharistique requiert toutes les dimensions de notre existence – la réception doit être adoration : tout cela est désormais tout de même devenu très clair. Ainsi le temps d’adoration eucharistique lors des JMJ de Cologne est devenu un événement très intérieur qui n’est pas devenu inoubliable pour le seul cardinal. Ce moment lui est toujours resté présent intérieurement et a été pour lui une grande lumière.

« Lorsque le cardinal Meisner, au dernier matin de sa vie, n’a pas paru à l’heure de célébrer la messe, on l’a trouvé mort dans sa chambre. Son bréviaire avait glissé de ses mains : il est mort en priant, son regard tourné vers le Seigneur, en conversation avec le Seigneur. La nature de la mort qu’il lui a été donné de vivre redit encore une fois comment il a vécu : le regard tourné vers le Seigneur, et en conversation avec lui. Ainsi nous osons sans crainte confier son âme au bon Dieu. Seigneur, nous vous remercions pour le témoignage de votre serviteur Joachim. Permettez-lui d’être désormais un intercesseur pour l’Eglise de Cologne et pour l’ensemble de la terre ! Requiescat in pace ! »

Benoît XVI

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La réponse aux Dubia : le cardinal Schönborn a-t-il validé la communion pour les divorcés remariés

Posted: 15 Jul 2017 01:22 PM PDT

Le jeudi 13 juillet, le cardinal Christoph Schönborn a donné une conférence à Dublin dans le cadre des activités de préparation de la Rencontre mondiale des familles organisée par l’Eglise catholique en Irlande en 2018. A cette occasion, il s’est permis – à la place du pape ?, en tant que porte-parole du pape ? – de donner sa réponse aux cinq Dubia soumis par les quatre cardinaux (Brandmüller, Burke, Caffarra et feu le cardinal Meisner) au pape François. C’est en tout cas ce qu’affirme Greg Daly du quotidien The Irish Catholic qui a tweeté, pendant que la conférence se déroulait : « A propos des Dubia, le cardinal Schönborn dit que l’on peut répondre “oui” à toutes les questions. Il a même dit qu’il l’a affirmé à l’un des cardinaux des Dubia. » Etant donné que l’une de ces questions portait sur le fait de savoir si un divorcé remarié n’ayant pas obtenu de déclaration de nullité de son mariage pouvait accéder en certaines circonstances à la communion, cette réponse positive confirme l’interprétation littérale d’Amoris laetitia qui la firme de manière sournoise mais nette dans une note de bas de page.

Ce tweet qui correspond manifestement à des notes prises au vol au cours de la conférence par le journaliste n’a pas été démenti à ma connaissance à l’heure d’écrire ces lignes, ni par son auteur, ni par le cardinal.

La réponse aux Dubia suscités par l’exhortation post-synodale est attendue du pape François lui-même. Il semble tout à fait décidé à ne pas la donner, mais il n’a pas fait mystère du fait que le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, est son porte-parole privilégié en la matière ; il a déjà renvoyé des journalistes qui posaient des questions sur Amoris laetitia aux écrits de Schönborn.

Les cinq questions (in extenso ici) peuvent être résumées ainsi :

1. Les personnes vivant dans un état d’adultère habituel peuvent-elles recevoir la sainte communion ?

2. Existe-t-il des normes morales absolues qu’il faut respecter « sans exception » ?

3. Est-il encore possible d’affirmer qu’une personne qui vit habituellement en contradiction avec un commandement de la loi de Dieu, comme par exemple celui qui interdit l’adultère (cf. Mt 19, 3-9), se trouve dans une situation objective de péché grave habituel ?

4. L’enseignement suivant est-il encore valide, selon lequel, quel soit le degré d’atténuation de culpabilité d’un individu du fait des circonstances, les dites circonstances ne peuvent transformer un acte intrinsèquement mauvais en un acte subjectivement bon
?

5. Peut-on agir de manière contraire aux « normes morales absolues » connues « qui interdisent des actes intrinsèquement mauvais » en se fondant sur la « conscience » ?

En bonne doctrine, elles attendent cinq réponses : dans l’ordre, non, oui, oui, oui et oui.

Comme le note Steve Skojec de OnePeterFive, les questions – sous cette forme condensée – sont tellement simples qu’il ne faudrait pas plus de 30 secondes au pape François pour y apporter une réponse conforme à l’enseignement de l’Eglise (il pourrait même, ironise le journaliste, les donner depuis la cabine pressurisée d’un avion, environnement qui à l’évidence, « stimule la loquacité du pape »).

Mais s’il faut en croire Greg Daly, le cardinal Schönborn répond « oui » à la question :

« 1. Il est demandé si, en conséquence de ce qui est affirmé dans Amoris lætitia aux n. 300-305, il est maintenant devenu possible d’absoudre dans le sacrement de Pénitence et donc d’admettre à la Sainte Eucharistie une personne qui, étant liée par un lien matrimonial valide, vit more uxorio avec une autre personne, sans que soient remplies les conditions prévues par Familiaris consortio au n. 84 et réaffirmées ensuite par Reconciliatio et pænitentia au n. 34 et par Sacramentum caritatis au n. 29. L’expression “dans certains cas de la note 351 (n. 305) de l’exhortation Amoris lætitia peut-elle être appliquée aux divorcés remariés qui continuent à vivre more uxorio ? »

Ce « oui » rend incohérent les réponses subséquentes. Si l’on répond « oui » aux deuxième, troisième, quatrième et cinquième questions, la première ne peut recevoir une réponse positive. Si l’on ouvre la porte à la communion des divorcés « remariés » qui continueraient de vivre dans l’adultère, ayant obtenu une déclaration de nullité pour tout mariage antérieur, le détricotage de la doctrine est tel qu’il faut bien dès lors affirmer qu’il existe des actes intrinsèquement mauvais, des « normes morales absolues, obligatoires sans exception » comme celles concernant le mariage qui ne sont plus considérés comme telles. Répondre « non » à la première question revient encore à interdire de dire de manière systématique qu’« une personne qui vit habituellement en contradiction avec un commandement de la loi de Dieu, comme par exemple celui qui interdit l’adultère (cf. Mt 19, 3-9), se trouve dans une situation objective de péché grave habituel ».

Même chose pour la validité de l’enseignement de Veritatis splendor qui affirme : « Les circonstances ou les intentions ne pourront jamais transformer un acte intrinsèquement malhonnête de par son objet en un acte subjectivement honnête ou défendable comme choix », car dire possible l’accès de la communion à des divorcés remariés s’appuie précisément sur des conditions de circonstance ou d’intention. Le raisonnement est le même pour la cinquième question.

Avec Amoris laetitia, c’est bien le principe d’identité qui prend un coup que les adversaires de la vérité voudraient mortel puisque que les interprétations reviennent à dire que deux choses contradictoires peuvent être en même temps et sous le même rapport, comme le démontre abondamment la réponse du cardinal Schönborn : les cinq « oui » sont impossibles en même temps (en vérité, les quatre questions qui suivent le premier des Dubia ne font que dérouler les conséquences logiques d’un premier « oui ») mais cela ne semble déranger personne parmi les partisans d’une « pastorale » déconnectée de la doctrine.

D’après l’article de Greg Daly, le cardinal Schönborn est allé au delà de ces remarques en soi contraires à l’enseignement traditionnel de l’Eglise. Il le cite comme ayant déclaré que l’Eglise catholique fait tout ce qu’elle peut pour renforcer la famille, y compris des familles souvent considérées comme non traditionnelles. « Favoriser la famille ne signifie pas de défavoriser d’autres formes de vie – même les personnes vivant au sein d’un partenariat de même sexe ont besoin de leurs familles », a-t-il déclaré de manière assez ambiguë, car s’il ne fait pas de doute que chaque personne s’insère dans une famille par la filiation et en a besoin, cela laisse sous-entendre que la « famille » homosexuelle remplirait ce rôle.

Le cardinal Schönborn a soutenu que le nombre des « dénommées situations irrégulières » (l’expression est de Greg Daly mais figure plusieurs fois dans Amoris laetitia) a énormément augmenté en raison des « grands changements du cadre de la société » : alors que chacun peut se marier, « ils sont très nombreux à choisir de ne pas le faire ». Et d’ajouter : « Mais n’oublions pas que le mariage, tel que nous lavons aujourd’hui, est un privilège qui était assez rare au cours des siècles passés, où un tiers au plus de la population pouvait se marier. » Le cardinal a rappelé la situation en actuelle République tchèque – au temps de l’empire autrichien – où les servants et servantes n’avaient pas le droit de se marier. Mais il faudrait ajouter, si la chose est vraie, qu’il ne s’agit pas là d’une loi de l’Eglise mais d’un abus de pouvoir qui méconnaît les droits fondamentaux de l’être humain.

La conclusion qu’il en tire est de ce fait sans objet : « Amoris laetitia vous dit que le mariage et la famille sont possibles aujourd’hui », comme s’ils ne l’étaient pas jadis et ce en raison de la rigueur de la loi de l’Eglise. Selon lui – rapporte Daly, la réception de l’exhortation doit se faire au terme d’un long processus de réception, à travers des négociations et des discussions.

Le cardinal Schönborn en a profité pour décocher une flèche en direction des cardinaux des Dubia, qu’il a accusés de manière vive (voir ici sur le site du Catholic Herald). « Que des cardinaux, qui devraient être les plus proches collaborateurs du pape, tentent de lui mettre la pression et de l’obliger à faire une réponse publique à leur lettre largement diffusée constitue un comportement absolument inconvenant », a-t-il dit selon Greg Daly. Il a précisé lors d’une rencontre avec la presse : « Je crains ceux qui ont des réponses rapides et claires en politique et en économie, mais aussi en religion. Les rigoristes et les laxistes ont des réponses claires et rapides, mais ils oublient de regarder la vie. Le rigoriste évite l’effort du discernement, de regarder la réalité de près. Le laxiste laisse filer tout ce qu’il peut, il n’y a pas de discernement. Ils sont les mêmes, mais à l’opposé. » Blanc et noir se rejoignent dans la pensée moderne !

Évoquant devant les journalistes le chapitre 8 d’Amoris laetitia, à propos des divorcés « remariés », le cardinal Schönborn a dénoncé la manière d’aborder le sujet : « Le plus souvent, le sujet est réduit à une seule question : “Peuvent-ils recevoir la communion ? Oui ou non !” Le pape François a dit : “C’est un piège !” En se focalisant sur cette seule question l’objet principal d’Amoris laetitia est oublié : regardez de près et discernez. »

A propos de ce « discernement pastoral », le cardinal a déclaré que, au vu de l’immense diversité des situations qui peuvent exister pour des couples rencontrant des difficultés, « il est compréhensible qu’on ne puisse attendre ni du synode ni de cette Exhortation qu’ils apportent une nouvelle série de règles générales, canoniques par nature et applicable à tous les cas ».

Cette réponse, qui rejette l’existence de la norme absolue ou à tout le moins son applicabilité à chacun, est parfaitement cohérente avec les cinq « oui » attribués au cardinal.

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